Je le voyais s''éloigner, la nuque maigre, le crâne chauve, les épaules effondrées. Je n''ai pas bougé. J''aurais dû l''appeler, le serrer dans mes bras, lui dire que j''étais heureux qu''il me fasse
Sandrine et Gabriel se connaissent depuis vingt-cinq ans. Pour éviter l''usure irréparable de leur couple, ils imaginent ensemble un jeu. Ils se donneront rendez-vous dans la rame du RER de 17h43, nom de code ZEUS, a Nation. Sandrine decidera de descendre ou non de la porte arriere de la troisieme voiture. 19 secondes, 18 secondes, 17 secondes : Pierre Charras deroule son intrigue au fil d''un impitoyable compte a rebours. Dix-neuf secondes suffiront pour que le train quitte le tunnel, emerge dans les lumieres du quai, stationne et reprenne sa course. Dix-neuf secondes au terme desquelles on bascule sans preavis d''une banale affaire de rupture a une tragedie brutale, irreversible...
« Je n'avais jamais supposé, avant toi, que le plaisir pouvait être une mer immense. Je m'étais toujours contenté, jusque-là, de caboter au plus près, au risque parfois de m'enliser, sans même oser tourner les yeux vers un inconcevable horizon. Pendant ces quelques heures, sans le vouloir peut-être, tu m'as entraîné au large, sur les hauts-fonds, dans les grands vents, les tempêtes, et lorsque enfin nous nous sommes coulés dans ce silence stupéfait, seulement liés par nos sueurs, j'ai reconnu l'île introuvable où je venais d'accoster. »